Réglisse : danger, tension artérielle et contre-indications réelles
La racine de réglisse a un vrai revers : à haute dose ou sur la durée, elle peut faire grimper la tension artérielle. Voici le risque documenté, les seuils prudents, et pourquoi la version DGL change la donne.
Oui, la réglisse peut être dangereuse à haute dose ou en usage prolongé : son principal composé actif, la glycyrrhizine, perturbe le métabolisme d’une hormone rénale et peut provoquer une hausse de la tension artérielle, une rétention d’eau et une baisse du potassium. Ce n’est pas une hypothèse rare ni un effet exotique : c’est le risque le mieux documenté de toute la pharmacopée ayurvédique courante, connu aussi bien de la médecine occidentale que de la tradition indienne, qui classe déjà le yashtimadhu parmi les plantes à utiliser avec discernement.
Ce risque concerne la racine entière et ses extraits riches en glycyrrhizine — pas la version déglycyrrhizinée (DGL), dont ce composé a justement été retiré. Distinguer les deux formes est la clé pour utiliser cette plante sans risque inutile.
Glycyrrhizine et tension artérielle : le mécanisme
La glycyrrhizine inhibe une enzyme rénale qui régule normalement le cortisol. Quand cette enzyme est bloquée, le cortisol agit à la place de l’aldostérone, une hormone qui fait retenir le sodium et l’eau tout en éliminant le potassium. Résultat possible : hypertension, œdèmes (jambes, visage), fatigue musculaire et, dans les cas marqués, troubles du rythme cardiaque liés à l’hypokaliémie. Ce syndrome est parfois appelé « pseudo-hyperaldostéronisme » dans la littérature médicale. Il est généralement réversible à l’arrêt de la consommation, mais peut mettre plusieurs semaines à se résorber.
Le risque augmente avec la dose, la durée de consommation et la sensibilité individuelle : les personnes déjà hypertendues, les personnes âgées et celles sous traitement diurétique ou cardiaque y sont plus exposées.
Quelles doses et quelle durée deviennent risquées ?
Il n’existe pas de seuil universel — la sensibilité varie selon les personnes — mais les autorités sanitaires européennes convergent vers des repères de prudence pour la glycyrrhizine, qu’elle vienne d’une racine, d’une confiserie ou d’une tisane :
| Situation | Repère de prudence | Remarque |
|---|---|---|
| Consommation occasionnelle | Quelques jours, dose modérée | Risque faible chez une personne en bonne santé |
| Consommation régulière prolongée | Au-delà de 4 à 6 semaines en continu | Surveillance de la tension conseillée ; mieux vaut faire une pause |
| Dose élevée quotidienne | Grandes quantités de racine ou d’extrait concentré, chaque jour | Risque significatif même sur quelques semaines |
| Cumul avec d’autres sources | Confiseries à la réglisse, certaines boissons anisées, tisanes | Les apports s’additionnent, souvent sans que la personne le sache |
Le principe pratique reste simple : pas d’usage quotidien prolongé sans avis professionnel, et arrêt immédiat en cas de maux de tête inhabituels, jambes lourdes, gonflements ou tension mesurée à la hausse.
Réglisse déglycyrrhizinée (DGL) : une alternative plus sûre
La DGL est un extrait dont la glycyrrhizine a été retirée par un procédé de transformation, tout en conservant les composés utiles au confort digestif et à la gorge. C’est la forme recommandée pour un usage régulier, notamment en cas d’acidité d’estomac ou de confort digestif au sens large, car elle n’expose pas au risque tensionnel de la racine entière.
- Racine entière / extrait standard : contient de la glycyrrhizine, effet potentiel sur la tension, usage ponctuel ou de courte durée.
- DGL (déglycyrrhizinée) : glycyrrhizine retirée, profil de sécurité nettement plus favorable pour un usage prolongé, mais moins étudiée sur les usages traditionnels de la gorge (toux, enrouement) où c’est justement la glycyrrhizine qui joue un rôle.
Vérifiez toujours l’étiquette : un produit non précisé « DGL » doit être considéré comme contenant de la glycyrrhizine active.
Précautions et sécurité : ce qu’il faut vérifier avant de prendre de la réglisse
C’est le cœur du sujet : la réglisse n’est pas anodine, et certaines situations imposent l’abstention ou un avis médical préalable.
- Hypertension artérielle, déjà diagnostiquée ou non : contre-indication à la racine entière ; préférer la DGL ou s’abstenir, et demander un avis médical.
- Grossesse : à éviter. Des données observationnelles associent une consommation importante de réglisse pendant la grossesse à des effets défavorables sur le développement de l’enfant. Allaitement : par prudence, avis médical avant toute prise.
- Maladies cardiaques ou rénales : la rétention d’eau et la baisse de potassium peuvent aggraver ces pathologies ; à éviter sans encadrement médical.
- Interactions médicamenteuses : diurétiques (risque de perte de potassium accrue), traitements de l’hypertension (effet contrarié), corticoïdes, digoxine et certains laxatifs. Parlez-en systématiquement à votre médecin ou pharmacien si vous suivez un traitement.
- Faible taux de potassium (hypokaliémie) connu : à éviter, la réglisse aggrave ce déséquilibre.
- Enfants : usage traditionnel existant mais à doses très prudentes et de courte durée seulement, jamais en automédication prolongée.
Pour une vision d’ensemble des plantes ayurvédiques à risque et des populations sensibles, consultez notre guide sécurité et précautions, à lire avant tout achat de complément à base de réglisse.
Dans quels usages la réglisse est-elle traditionnellement employée ?
La tradition ayurvédique utilise le yashtimadhu pour apaiser la gorge, soutenir la muqueuse digestive et calmer un excès de Pitta. On la retrouve notamment évoquée dans les approches naturelles de digestion et ballonnements ou d’acidité gastrique. Ces usages restent d’ordre traditionnel : aucune étude solide ne permet d’affirmer un effet garanti, et ils ne dispensent jamais d’un avis médical en cas de trouble digestif persistant, qui peut relever d’un reflux gastro-œsophagien à traiter spécifiquement.
Comment limiter le risque si vous voulez essayer la réglisse
- Privilégier un usage ponctuel et court (quelques jours à deux semaines), pas une prise quotidienne sur des mois.
- Choisir un produit avec teneur en glycyrrhizine affichée, ou opter pour la DGL en cas de doute ou d’usage régulier.
- Surveiller sa tension artérielle si la prise dépasse quelques semaines, surtout après 50 ans.
- Ne jamais cumuler plusieurs sources de réglisse (tisane, complément, confiserie) sans en tenir compte dans le total quotidien.
- Suivre nos critères généraux pour choisir un complément ayurvédique fiable, avec analyse de qualité et dosage clair sur l’étiquette.
La réglisse reste une plante utile dans un cadre précis et pour une durée limitée. Le risque tensionnel n’est pas théorique, mais il est évitable : bonne forme, bonne dose, bonne durée, et avis médical dès qu’un facteur de risque personnel entre en jeu.
Vos questions sur réglisse
La réglisse fait-elle vraiment monter la tension artérielle ?
Oui, c’est un effet documenté : la glycyrrhizine de la racine perturbe une hormone rénale et peut provoquer rétention d’eau, baisse du potassium et hausse de la tension, surtout en usage prolongé ou à dose élevée. L’effet est généralement réversible à l’arrêt, mais peut mettre plusieurs semaines à disparaître.
Combien de temps peut-on prendre de la réglisse sans risque ?
Un usage occasionnel de quelques jours est généralement peu risqué chez une personne en bonne santé. Au-delà de 4 à 6 semaines en continu, mieux vaut faire une pause ou surveiller sa tension, surtout à dose élevée ou en cas de facteurs de risque personnels.
Qu’est-ce que la réglisse déglycyrrhizinée (DGL) ?
C’est un extrait de réglisse dont la glycyrrhizine, responsable du risque tensionnel, a été retirée par transformation. Elle conserve un intérêt traditionnel pour le confort digestif sans exposer au même risque cardiovasculaire, ce qui en fait l’option la plus prudente pour un usage régulier.
La réglisse est-elle dangereuse pendant la grossesse ?
Une consommation importante de réglisse pendant la grossesse est associée, dans des données observationnelles, à des effets défavorables sur le développement de l’enfant. Par prudence, elle est à éviter chez la femme enceinte, et un avis médical est recommandé pendant l’allaitement.
Qui doit éviter complètement la réglisse ?
Les personnes hypertendues, celles souffrant de maladies cardiaques ou rénales, ayant un potassium bas, ou sous diurétiques, corticoïdes ou traitements de la tension. Les femmes enceintes devraient également s’en abstenir. Dans le doute, demandez l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien avant toute prise.
Les confiseries à la réglisse présentent-elles le même risque ?
Oui, si elles contiennent de la véritable réglisse et sont consommées en grande quantité et régulièrement : la glycyrrhizine agit de la même façon, quelle que soit sa source. Les apports d’une confiserie, d’une tisane et d’un complément s’additionnent, ce qui peut faire dépasser un seuil prudent sans que la personne s’en rende compte.